Bons moments Sport,  Récits

Half Marathon des Sables PART IV : 1ère étape 1/3

Hier, dimanche, lors du briefing général, ils nous ont donné le programme, tout y est mentionné, même l’heure du réveil : 5h30.

1er réveil sous la tente

Et pourtant ce matin, Je me réveille spontanément un peu avant. Faut-il mettre ça sur le compte du stress de la course ? Non en fait je suis assez sereine. .. Du stress de la panne de réveil ? un peu oui j’avoue. J’ai mis ma montre à sonner à 5h15… au cas où. … A moins que cela fasse tout simplement 8 heures que je dors, que cela ne m’est pas arrivée depuis longtemps ! Que cela fait un bien fou de se réveiller avant le bip détestable du réveil, au son des vagues, à la lueur du jour qui pointe, au fait que mon horloge biologique m’indique qu’en France il est 11h du matin… Une vraie grasse matinée comme je n’en ai pas fait depuis longtemps !

Road book

La nuit s’est bien passée, mon matelas, coupé à mi cuisse pour être le plus léger possible a joué son rôle à la perfection. Enfouie dans mon sac à viande et mon sac de couchage, j’ai dormi du sommeil du Juste… Enfin quand Juste s’appelle Nadège, cela veut dire que j’ai un peu bougé et visité ma tente dans mon sommeil… J’avais bien préparé mes gourdes hier soir pour ne pas avoir à le faire ce matin et planqué celles- ci dans un recoin de ma tente mais, j’ai roulé dessus un moment, je me rappelle bien ce jet d’eau fraîche inattendu sur mon visage ! Pour me retourner de l’autre côté et faire tomber un bouteille d’eau sur mes jambes, le bouchon a sauté et au milieu de la nuit une cascade m’inonde mon sac de couchage…. d’un sursaut d’un seul, je l’ai rattrapé, refermé, émis un rire étouffé et je m’étais rendormie, en rêvant à cette aventure, qui commençait bien en gaffeuse ma foi !

les toilettes : souvenir impérissable

Bref, le jour se lève, j’ouvre ma tente, et file vers nos toilettes de fortune. Cela fait déjà la queue, fort heureusement rapide et à la vue de ceux qui en sortent livide, je comprend mieux pourquoi. Je n’aurais jamais cru qu’à cet instant, le fait d’avoir changer maintes fois les couches de mes loustics allait me rendre un fier service. Vous savez ce moment où votre nez se bouche en apnée et où la respiration ne se fait que par la bouche, lente, superficielle pour éviter de sentir au maximum les odeurs nauséabondes… Mon expérience des toilettes au petit matin va donc bien se passer, moins pour les plus jeunes qui virent au jaune, blanc, vert selon l’âge !

J’observe un instant ce paysage qui m’entoure avant de revenir à la tente. Nous sommes entourés de brume et les dunes ont disparu sous un épais nuage bas. Il fait frais, mais pas froid, le Pacifique continue inlassablement sa méditation.

Presque prête

C’est l’esprit détendu que je pars préparer mon petit déjeuner : crème énergétique ERGYSPORT au chocolat accompagnée d’un muesli amandes-noisettes…Je me serais bien fait un jus de fruit maison, mais bon, il me faudra patienter un peu, pour l’instant, eau plate au menu. Je dévore cela en quelques minutes, me fait un brin de toilette, m’habille de ma tenue de lumière WAA Ultra. Les filles de l’îlot sont déjà prêtes.

Je suis large, je prends mon temps, il est à peine 6h30, le briefing est à 7h15. Je range consciencieusement ma tente et veille à ne rien oublier. Tout oubli dans la tente est synonyme de pénalité. Je vais déjà plafonner au fond du classement,je vais éviter de me rajouter un handicap ! Je range mon sac en veillant bien que tout soit bien disposé pour éviter toute gêne, mes bâtons vont siéger à l’intérieur de mon matelas, prêts à servir.

Kiné un jour, kiné toujours

C’est à ce moment que Nicolas A. vient se faire faire son strap. On a beau être à des milliers de km de son quotidien, il y a des réflexes que l’on ne perd pas. Et j’avoue, m’occuper de sportifs j’ai toujours aimé ça, bien loin de mon activité actuelle. Sa cheville est instable, s’il veut venir à bout de cette aventure, le strap est nécessaire. Se tisse alors un lien privilégié de l’athlète et de son soigneur, entre empathie et inquiétude. Pourvu que cela tienne, sa cheville va être mise à rude épreuve.

31 km nous attendent, avec du sable meuble pendant 11km, dont une montée aride à prêt de 35% ! et une descente d’enfer sur les 5 derniers km. Bien vérifier qu’il n’y ait pas de zone de frottement ou de risque de lâchage, ce serait l’hécatombe.

Enfin prêts

Allez go ! Nous sommes tous deux prêts à enfiler nos chaussures et nos guêtres. Il ne nous reste plus qu’à nous diriger vers la ligne de départ pour le briefing.

Je retrouve alors Mon Nicolas : Nicolas Del, celui qui va devenir mon partenaire d’aventure. Un peu timides, nous nous dirigeons vers la zone de départ.
A quelle sauce allons nous être mangé ? Nous avons lu et relu le road book, je le connais parcoeur, enfin je crois.

Il me propose de faire l’ensemble des épreuves avec moi. Je suis fort gênée. Il était en pleine préparation pour la Sainté Lyon, et j’ai vu ses entraînements sur Strava, il a un meilleur niveau que moi le bougre. Pour ma part, mon entraînement se résume à mes sorties de ces dernières semaines, suite à l’annonce du départ, véritable coup de pied bien placé pour me remettre au sport après des semaines de léthargie post GRP (Grand Raid des Pyrénées). Je lui réponds que c’est très gentil mais je lui annonce penaude mon niveau de tortue à ce jour et que s’il veut faire son aventure, qu’il ne m’attende pas, cela ne me dérange pas. Il insiste, nous avons commencé ensemble l’aventure virtuelle, il est bien décidé à m’accompagner jusqu’au bout.

Serait il inquiet que je n’arrive pas au bout ? Suis-je si inconsciente de mon faible niveau ? Dans ma tête, j’y vais au bout, mais c’est dans ma tête, mon corps va t il en être capable ? La sagesse me fait accepté sa proposition, à la seule condition que s’il a envie d’envoyer les watts, qu’il ne m’attende pas, je ne lui en voudrais absolument pas.

Je veux vraiment que les choses soient claires, il est hors de question que je me mette dans le rouge, je pèse la difficulté de cette épreuve, à savoir enchaîner 4 jours de course, dont une étape longue au milieu.

Je mesure sereinement quelle sera ma progression , je sais quoi faire. La première étape sera en sous régime pour ne pas arriver demain matin avec des courbatures qui me bloqueraient au sol…et c’est ainsi que je vais réellement la faire.

Le briefing

Mais pour l’instant place au briefing. Nous nous agglutinons derrière la ligne de départ, les bénévoles vérifient les uns après les autres le bon fonctionnement de nos balises GPS. La musique nous motive, les organisateurs nous rappellent les grandes lignes de l’épreuve du jour en français, en espagnol et en anglais. Une mise en garde essentielle, la brume ne s’est pas encore dissipée, bien vérifier à l’aide des marquages réguliers que nous sommes sur le bon chemin, sous peine d’errer inlassablement dans le désert !
Ok, tout est dit, plus de 11km de sable meuble dont une montée sévère, une petite accalmie avec du sable portant pour enchaîner sur une 2ème ascension et enfin descendre pour retrouver notre chambrée du soir. Un CP (checkpoint) tous les 10 km pour pouvoir faire le plein en eau.

crédit photo : Diego Constantini

J’ai 2H36 pour rallier le 1er CP, situé à exactement 10,4 km. Je suis confiante, ça devrait le faire, la première partie est assez plate. Le CP se trouve au pied de la fameuse montée ….

3 – 2 – 1 – GOOO !

7H30, le départ est donné. Les champions de la distance se sont placés devant. Je ne les vois déjà plus.
Pour ma part, le départ est euphorique …sur 10 mètres ! Tout de suite le sable devient meuble. Très meuble ! D’abord 400 personnes sont passées avant moi et on labourer le terrain mais en plus, je découvre pour de VRAI ce que c’est de courir sur le sable avec un sac de 7kg sur les épaules! Les sensations d’un hippopotame chez Fantasia, tout en légèreté ! Non, sincèrement, je n’avance pas comme je l’espérais, j’ai le cardio qui va exploser et les mollets qui se demandent pourquoi je leur ai fait faire le tour de la planète pour ramper dans le sable !
Je rampe mais j’avance, c’est déjà ça. Autant vous dire que je ne parle pas, je ne peux pas, j’ai le souffle court. Je reconnais devant moi des têtes connues et reconnues, ça me rassure, même les championnes avancent à petits pas.

crédit photo : Diego constantini

Très vite tout le peloton se met à marcher, j’en fais de même, mon petit cœur m’en remercie. Ceux déjà équipés de bâtons filent à tout allure. J’avais décidé de ne pas les sortir avant le premier CP, mais mon avancée sur ce sol fuyant me fait changer d’avis. Je dégaine mes colts telle Lucky Luke. Nico me propose de m’ouvrir l’un d’eux. Tout en avançant, je règle mon bâton mais je suis tout à coup arrêté par un son qui l’interpelle.

Oh la gaffe !

Un « HOOO » de mon accolyte. « C’est normal ça ? » me lance t -il ? Je tourne la tête et là, mon cerveau s’arrête net ! Mes jambes continuent d’avancer mais j’écarquille des yeux gigantesques face au tableau qui s’offre à moi. Nicolas a cassé mon bâton. Littéralement déboîté ! D’accord, ce sont des bâtons achetés au pied du Cirque de Gavarnie à 10 euros, mais sincèrement, ils sont mes fidèles compagnons depuis qu ‘ils sont rentrés dans ma vie. Ils sont de toutes les sorties, et n’ont jamais failli en 3 ans ! Ils m’ont mené jusqu’au bout du GRP même quand mon genou en avait décidé autrement. Et là, fini, terminé, ils ne sont plus.

J’essaie bien de les remboîter mais rien n’y fait ! Pire, ils se tordent, laissant s’échapper le moindre espoir de les réparer… Même un strap ne pourrait rien pour eux.

Je n’ai pas envie de crier ou de m’énerver tellement je suis abasourdie. J’ai même un rire nerveux face au désarroi de mon gaffeur de compère…Il me propose bien ses bâtons mais non, ce n’est pas ça la solution. Je ne pourrais pas évoluer sans MES bâtons sachant que je lui aurais piqué les siens !

Une phrase tourne en boucle dans mon esprit : « Comment je vais faire, on est au 1er km de la 1ère étape, du 1er jour, comment je vais faire, il me reste 110 km à faire, sans mes bâtons, cela va être un enfer… »

Cette phrase ne cesse de tourner, comme pour faire fonctionner mon cerveau encore plus vite. Vite réfléchir, vite trouver une solution, vite……….sinon………

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *