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Half Marathon des Sables Part VII : la longue !

Mardi matin, Etape 2 au programme

Départ prévu à 5H… La nuit s’est bien passée. J’ai eu mes lettres juste avant d’aller me coucher et j’ai pu me nourrir des quelques pages que j’ai reçu. Ces mots m’ont fait sourire, rire, et m’ont bercée jusque dans les bras de Morphée.

Je n’ai pas de douleurs ce matin, je m’étais bien massée les jambes et le dos avec ma crème de massage à l’arnica et ce matin, je pense que mes lombaires ont franchement apprécié. Il faut dire que plus de 30 bornes dans le sable avec un sac de presque 8kg avec l’eau, à courir en descente et en arrivant, pas un bain chaud moussant pour m’accueillir, mon corps s’est demandé ce qui lui arrivait.

Le rituel du matin est en route : se réveiller avant le réveil, filer aux toilettes avant que ce ne soit la cohue, avaler mon « petit dej’ », un brin de toilette pour réveiller le corps endormi, on enfile la tenue de lumière , les guêtres, les chaussures, on ferme le sac, vérification que l’on oublie rien et à la frontale, on se dirige vers la zone de départ avec mon compère de course Nicolas.

Il fait encore nuit mais les prémices du soleil apparaissent derrière les dunes. Peut être n’aurons-nous pas besoin des frontales ce matin. Tout le monde se retrouve, décidés à en découdre avec « la longue ». Il faut dire que cette épreuve, nous l’attendons avec beaucoup d’émotions entremêlées. Pour ma part, je n’ai jamais fait aussi long puisque ma plus grande distance est le Grand Raid des Pyrénées et ses 43 km au compteur. Je suis partagée entre envie, inquiétude et curiosité. Hier, j’ai bien fait attention de ne pas me mettre trop dans le rouge même si La Grande Dune a mis à mal mon organisme, aujourd’hui, il faut que je gère la longue distance. 58 km ! 18H30 max pour la faire. C’est beaucoup et c’est peu à la fois. Si tout va bien, ça devrait passer, mais si ça n’est pas le cas, il y a eu beaucoup d’abandons hier, plus de 80 !…. Non, ne pas y penser. Je suis toujours là, en course, c’est parti, on y va.

Sur la ligne de départ

Sur la ligne de départ, les forts de caractère font leur pronostic de temps, de place à haute voix. Je suis bien loin de ces considérations et me ferme un peu à toutes ces élucubrations. Il faut que je me concentre car cette épreuve commence fort. Nous devons remonter TOUTE la descente d’hier soit une dizaine de km dans du sable meuble.

Le top départ est donné, le soleil pointe son nez nous pouvons enlever nos frontales, mais la température augmente d’un coup. Les nuages ne se sont pas dissipés pour autant et nous nous retrouvons dans une atmosphère très humide. Bizarrement, je m’aperçois que nous sommes très nombreux à partir en marchant. On aurait pu croire que le top départ aurait lâché les chevaux de certains mais non, je suis surprise de voir tout le troupeau quasiment marcher. Chacun essaie de trouver un endroit pour passer, les pieds s’enfoncent, la sable est fuyant, et à quelques mètres à peine, la montée s’amorce déjà.

Vous dire qu’à ce moment là je m’éclate, non, pas franchement. Mon corps n’ est pas vraiment réveillé et se demande pourquoi je lui inflige ça. Très rapidement mon cardio s’emballe, il fait chaud, lourd même, les gouttes ruissellent sur mon front, mes joues, mon nez, point culminant depuis lesquelles elles se jettent au sol. Je suis vite trempée, cette montée nous met à la peine, et moi tout particulièrement. Le doute s’installe, je n’ose pas regarder derrière moi, je sens qu’il n’y a plus grand monde. Je retrouve des têtes connues de la veille.

Ne pas penser, regarder devant, ne pas se retourner, mon rythme est lent, très lent, trop lent mais je sais que l’étape va être longue, que les côtes ne sont pas mon fort, ça ira mieux bientôt, j’espère….J’ai encore beaucoup de temps, ce n’est que le début…

Cascade…de chaleur, de mots, de sentiments…

Je dégouline, il n’y a pas d’autres mots, une cascade, il fait très lourd mais enfin, le haut de cette première dune apparaît enfin après 5 km d’effort. Un petit vent aussi qui nous permet de sécher presque instantanément. C’est fou ces variations de temps ! Les nuages se dissipent peu à peu… Le soleil chauffe encore plus, l’atmosphère s’assèche, le souffle revient.

C’est marrant comme le même paysage vu en sens inverse change toute la perspective. Ce long plateau en faux plat descendant hier s’ouvre en légère montée d’un sable semi dur. Je retrouve mes pensées positives, la première montée est passée. Nous continuons d’un bon pas, il ne faut pas traîner, nous sommes limite… Nicolas a décidé de m’attendre…je perçois de l’inquiétude dans son regard. Normal, il ne me connait pas, il ne sait pas encore que je ne lâche pas, que je calcule en permanence dans ma tête mon évolution, que j’ai enregistré le road book dans mon esprit et que je sais parfaitement que cette montée allait m’entamer… « Tu veux courir ? » me lance t il…. Non, il y a 58 km à faire, nous en avons fait à peine le dixième. Marchons d’une marche rapide pour le moment…. Il est alors surpris de mon allure : « tu as l’air en meilleure forme qu’hier… » Oui, passé cette montée, j’avoue, la forme est là… motivée comme jamais…

Un trio se découvre…

C’est à ce moment que nous apercevons au loin Mélanie. Il semble que ces soucis de santé d’hier sont repartis de plus belle. Nous l’attendons un instant pour rendre de ces nouvelles. La montée a été très difficile, les autres de son groupe ont continué devant. Elle ne fait que se vider depuis cette nuit. L’équipe médicale a hésité à la laisser partir. Elle a réussi à avaler son petit déj’ et à le garder, pas de perfusion, les médicaments que je lui avais donné hier semble faire enfin effet, elle a eu le feu vert pour démarrer. Elle est gonflée de l’abdomen et cette montée la rendue bien malade, grignotant sévèrement dans ses réserves énergétiques.

Une fois de plus, nous lui proposons de rester avec elle. Notre trio se soude dans la difficulté. Nous reprenons d’un bon pas, entrecoupé de quelques pauses pour permettre à Mélanie de céder à ses hauts le cœur.

1er CP : le moral est bon

Le premier CP arrive après une légère montée, mais sans mentir, nous avons bien trotté et rattrapé un peu de notre retard. Nous venons de faire 12 km. Certains sont déjà à mal, pour nous le moral est bon. Nous rechargeons nos gourdes et Mélanie souhaite se déporter un peu sur le côté pour trouver un peu d’intimité à ses problèmes gastriques. Nous l’attendons quelques moments, apercevant au delà des voitures de l’équipe médicale sa visière rose fluo. Nicolas en profite pour discuter un peu avec l’équipe médicale. Il est lui même infirmier en situation extrême et aimerait faire partie de leur équipe.

Nous rechargeons nos gourdes et celles de Mélanie, je prépare mon taboulet pour pouvoir le déguster au 2ème CP. Il aura eu le temps de se réhydrater. D’après mes calculs, nous devrions y être pour 12h. Parfait, l’heure de manger !

Le temps défile sur ce CP et quand même, c’est long, nous nous inquiétons. Je décide d’aller voir Mélanie. Je passe au travers des 2 voitures médicales et là…..

OH MY GOD !!!!!

OH MY GOD ! Ce ne sont pas de simple hauts le cœur, ce sont de véritable geyser qui sortent de la bouche de ce brin de femme. J’ai bien cru que j’allais m’y mettre rien qu’à la voir faire ! Elle sentait son abdomen hyper gonflé, tu m ‘étonnes ! Le médecin me rejoint … Elle se redresse enfin, tout sourire ! C’est la 4ème dimension ! Je n’en reviens pas !

« Ah ça va mieux » me sort elle ! Elle reprend des couleurs quasi instantanément. D’un four rire comme elle a le secret, elle me montre son vente : « regarde ! Tu m’étonnes que j’étais ballotté ! Tu as vu ? » Ah ça pour avoir vu, nous avons vu !

Je l’interroge, la harcèle de questions et elle est sûre, elle continue. Il lui fallait ça pour que ça reparte. Nous partageons le même regard d’inquiétude avec Nicolas et sans mot dire, notre décision est prise, nous restons avec elle, il est hors de question qu’elle reste seule.

Nous sommes arrivés au CP1 après 2h30 d’effort soit 1h d’avance sur la barrière horaire et sommes restés près de 15 minutes. Toujours dans les temps mais il faut impérativement repartir.

Une légère montée nous attend suivie d’un beau slalom au milieu des dunes qui se hissent de part et d’autres. Je m’éclate littéralement sur cette portion, le cerveau est plein d’endorphines, les jambes s’envolent… Le paysage est splendide, nous arrivons à trotter sur ces 3 km, ça fait du bien de dérouler un peu, nous rattrapons certains coureurs.

J’avoue je me sens bien, mon corps répond bien. Nous sommes loin des premières sensations de la journée. Et quand le corps va, tout va. Mélanie aussi, Nico ouvre la route, comme d’habitude.

Cette petite embardée se poursuit en par un faux plat très court puis encore une descente. Du haut de cette descente se découvre un plateau magnifique, immense. Nous en prenons plein les yeux tellement tout est beau… Notre cœur se met à battre la chamade. Nous sommes au croisement de 2 chemins. Les coureurs prennent à gauche et s’enfoncent dans le plateau, les marcheurs coupent tout droit et rattrapent directement le CP3 sans passer par la case CP2 et grand plateau.

Nous sommes tout les trois dans la catégorie des coureurs. On s’enfonce donc en plein cagnard sur ce plateau d’altitude. Pas un arbre, pas un végétal, juste nous et des géants de sable.

De 3, nous passons à 4…

C’est au détour de ce virage que nous allons faire une nouvelle rencontre. Le soleil est au zénith, il est presque midi. Il n’y a pas d’air et les nuages ont fui le ciel pour nous dévoiler une immensité de bleu. Nous apercevons un peu plus loin devant quelques coureurs mais une va attirer notre attention. Elle est assise, appuyée contre son sac à dos et semble regarder cette immensité les yeux perdus dans le vide, en grignotant une barre de céréales. Nous savons qui elle est, il s’agit de Sarah. Nous l’avons repérée sur les centaines de coureurs car en plus d’être jolie et toute de rose avec sa sœur, elle est suivie quasiment en permanence par une caméra de M6 qui fait leur reportage sur cette aventure. Sarah est là, en plein soleil, immobile.

Alors que nous étions en pleine discussion très engagée et en pleine euphorie de pénétrer dans les profondeurs de ce désert, nous nous arrêtons car Sarah nous intrigue. En deux mots, nous allons vite comprendre que nous avons bien fait. Une question : « Ça va Sarah ? » et la réponse se fait attendre, un petit oui à peine esquisser que tout à coup elle fond en larmes et craque. Elle a pris les devant sur sa sœur et là elle l’attend, car elle ne veut pas rester seule. Nous en sommes à peine à 18 km et elle appréhende cette traversée du désert.

Nous lui proposons de partager un bout de chemin avec nous, elle ne peut pas rester immobile en plein soleil, c’est beaucoup trop dangereux. Elle nous suit.

Nous repartons alors d’un bon pied, direction le CP2. Les monstres de dunes s’élèvent sur les bords du plateau alors que la chaleur semble s’intensifier au fur et à mesure de nos pas. Nous discutons avec Sarah qui nous explique son parcours. Un sacré brin de fille. La vingtaine engagée, un diplôme de coach sportive en main, elle monte sa boite et n’a pas peur de soulever des montagnes. Elle s’est inscrite sur cette course avec sa sœur pour relever encore un défi. Les défis, Sarah, elle n’en a pas peur, mais celui là est de taille. Même si elle a une excellente forme physique, elle n’a jamais fait de longues distances en course à pied. La perspective de ne pas avoir encore dépasser la moitié de cette étape l’inquiète, tout comme cette grande montée qui se profile devant nous.

Les Géants des Dunes

Les géants de Dunes semblent se rapprocher de nous et forment une barrière face à nous. Il est clair que nous allons devoir nous y confronter. Une sacrée montée se profile au loin, face à nous. Nos discussions qui faisaient bon train s’assourdissent un peu. Il faut dire que les concurrents qui sont déjà tout en haut ont l’air bien petits vue d’ici.

Nous nous concertons et il est clair que pour cette épreuve, chacun doit y aller à son rythme. J’avoue être bien en jambe et pour une fois, j’attaque cette montée déterminée comme jamais. J’avale une compote histoire de recharger les réserves en sucres rapides et bille en tête, les bâtons en main, nous nous mettons en file indienne. La montée est longue, très longue. Ne pas faiblir, avancer doucement mais régulièrement,, s’enquérir des autres et ça passe. Nico en tête, je le suis quelques mètres derrière avec Mélanie. Sarah a retrouvé son équipe de télévision qui trouve le moyen de la faire parler en plus. Arrivés en haut, nous faisons un pause et profitons du panorama. C’est splendide.

Ces images des mois plus tard ne quittent pas ma tête, comme si en écrivant ces lignes je m’y replongeais instantanément.

D’autres coureurs ont été moins prudents face à cette montée et l’arrivée au sommet est synonymes de malaises ou autres maux bien connus des coureurs et marcheurs. Nous en sommes à presque 20 km du départ de cette étape, 50 depuis hier, les corps s’échauffent, les lanières brûlent pour certains, le sac se fait sentir. Nous portons tout ce qui nous est nécessaire sur notre dos. Mais la difficulté n’est pas terminée. Nous repartons pour atteindre le CP2, il et là, tout prêt. Enfin une petite pause à l’ombre de la tente. Les bénévoles nous aspergent, et j’en profite pour manger mon taboulet. Il est parfait, prêt à point. La menthe m’apporte de la fraîcheur, la semoule des sucres lents. Il est délicieux. Tellement bon que j’en propose à mes compères de course. Ils n’ont que des barres. Nico goutte, Sarah a retrouvé sa sœur qui était juste derrière nous et j’en propose à Mélanie. NOOOON, mais quelle idiote !!!!!. Il y a 10 km elle vomissait toutes ses tripes et là je lui propose ma cuillère. Et si elle avait une gastro ??? Trop tard, je réalise tout ça alors que je viens de me resservir une lampée. Bon croisons les doigts qu’elle n’est pas un vilain virus… sinon, la fin de mon étape risque d’être compliquée…

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