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Half Marathon des Sables Part III : En route pour le désert

Après 12h de vol et quelques émotions à l’idée de laisser tout ce qui fait ma vie en France, je me retrouve à Lima au Pérou. Ma journée du samedi va se cantonnée à faire une dernière fois mon sac et à visiter un la capitale pour enfin rejoindre en fin de journée la gare routière et retrouver tous les valeureux qui ont décidé de s’aligner dans cette folie. Nous sommes répartis dans les bus, je m’installe… En route…

Le bus démarre, nous arpentons les rues de Lima pour la dernière fois. Il est presque minuit, soit 6 heures du matin pour les petits français que nous sommes. Autant nous sommes une bande de joyeux lurons à l’entrée dans le bus, autant nous sombrons tous dans un sommeil profond dès qu’il démarre ! Bercés, nous avançons vers le désert… Nous partons pour au moins 7 à 8 heures de route.

Je m’extirpe de mon sommeil à mi chemin. Je ne vous cacherais pas qu’une furieuse envie de me soulager m’a réveillé et que le passage aux toilettes a relevé d’une vrai épopée entre essayer d’ouvrir la porte sans réveiller tout le monde, avoir l’impression qu’elle est coincée et avoir une envie furieuse au même moment, tenter de garder l’équilibre au dessus des toilettes pour enfin comprendre la subtilité du papier et de la chasse d’eau, pour éviter d’être toute tâchée de bleu, comme certaines dont je préserverais l’anonymat ;-).

Je m’extirpe donc de mon sommeil et profite du calme ambiant pour jeter un œil derrière le rideau . Le jour se lève et le paysage a bien changé. Mon regard se plonge dans un dégradé de jaune et d’orange, les baraques faites de briquettes sont à ciel ouvert pour la plupart ou recouvertes de tôles ondulées ou d’une simple bâche. Le sol est sableux, la route aussi.

Une mélodie ne quitte pas mon esprit et résonne en boucle : Calling You de Jevetta Steele, La B.O. De Bagdad Café. J’adore ce film. Je retrouve tout à fait cette atmosphère où l’on se retrouve parachuté au milieu de Rien mais où tout à coup tout prend un sens. Je me sens bien ici, apaisée, sereine, aucun stress à l’horizon. Pendant que tout le monde dort, je profite de ces instants tellement bénéfiques…

Le bus fera quelques pauses sur le trajet qui nous mène dans la province de Ica, en passant par Paracas et Pisco (si j’avais su..enfin non, soyons sérieuse, pas avant la course!)

De grandes étendues de sables laissent place ci et là à quelques villages, véritables empiècement de baraquements où le temps semble être arrêté. Il faut dire que nous sommes dimanche matin…

Cette mélodie résonne en boucle, je ne peux pas m’en défaire, je ne veux pas m’en défaire.

La route devient sinueuse, le bus a de plus en plus de mal à évoluer. Tour le monde s’est réveillé. Les plus gourmands ont déjà goûté le petit encas déjeuner fourni par l’organisation. Pour ma part, je préfère attendre encore un peu, il est à peine 6h du matin, je ne sais pas à quelle heure sera le repas du midi. Je goûte une peu du yaourt à boire à la fraise… genre YOP… ça cale et je continue à me plonger dans le paysage, comme tous les autres. Nous sommes scotchés aux fenêtres, les yeux écarquillés par ces paysages inconnus et si loin de notre quotidien. Les dunes apparaissent de plus en plus proches, le bus grimpe difficilement. Il est clair pour tous que nous avons les 2 pieds bien ancrés dans l’aventure. Hors de question de faire demi tour !

Nos chers bénévoles… sans eux, rien n’est possible…

Nous finissons par prendre une route exclusivement sableuse et le bus s’arrête cette fois ci définitivement. Face à nous une étendue immense de sable, à perte de vue, quelques bénévoles assis en plein soleil. Il est presque 9H, le soleil commence à chauffer. Nous sortons de notre bus climatisé et la sagesse nous dit de rester un peu à l’ombre. Nous nous dégourdissons les jambes. Le soleil chauffe mais l’excitation est là ! Nous sommes tout en joie, euphorique de fouler nos premiers grains de sable. Les bénévoles nous rejoignent à l’ombre.

Nous attendons encore quelques temps et tout à coup des camions de l’armée nous rejoignent. Nos bénévoles sont en fait des membres de l’armée Péruvienne qui assurent la logistique dans le désert. Les camions seront notre prochain mode de transport, adieu le confort, pas grave, nous sommes tellement heureux d’être là que l’idée de rallier notre camp en mode aventurier ne rajoute qu’à l’exotisme de cette aventure ! Ni une ni deux, nous revêtons nos habits de lumière ou plus exactement nos tenues que nous garderons pendant les prochains jours. Nous avons bien compris que la prochaine étape est l’arrivée au camp et nous profitons de l’intimité du bus pour nous changer. Je finis mon petit déj’ composé d ‘une pomme et d’un sandwich sec au…poulet …. ça me cale pour attendre midi.

Je ne redefais pas mon sac, je l’ai clos à l’hôtel. Je boucle définitivement ma valise. Je suis prête à embarquer, mon cœur bat la chamade, J’Y SUIS !!! PRÊTE !

Ça chante, ça danse dans le groupe, l’ambiance est à 1000% ! Nous embarquons dans le camion les valises entre nos jambes, et c’est parti pour 1H30 de surf sur le sable dans les dunes ! Ça secoue pas mal là dedans, ne pas oublier de boire, même si le camion est ouvert aux 4 vents, cela nous fait une clim’ naturelle ! Bien se cramponner sous peine d’atterrir au milieu des valises ou dans les bras des voisins ! Je suis à côté de Mélanie et Nicolas A., 2 personnages qui vont avoir une saveur particulière dans mon aventure. Nicolas D, le 3ème larron est déjà sur le camp ou pas. En fait je n’en sais rien, mon téléphone ne capte plus, je suis coupée du monde moderne.

Le camion alterne montées et descentes mais tout à coup, au sommet d’un des « dunettes », le camp apparaît ! WHAOUH ! Des centaines de tentes sont installées sur des centaines de mètres, ça et là, des coureurs vivent au ralenti, juste devant une première temps de l’organisation, celle où l’on dépose nos valises, pour ne plus les revoir avant 5 jours. En contre bas, la tente pour récupérer les dossards, nos PRECIEUX. J’avoue que je suis concentrée au maximum, ne pas rater une information, avoir toutes les pièces en main, espérer que mon dossier soit bien complet, que je n’ai pas fait une énième bourde dont je suis la spécialiste, sous peine de rester là et de voir les autres prendre le départ…sans moi. Je passe le check administratif, puis le check médical. Tout se passe si vite, je me retrouve d’un coup avec en main mon dossard, ma balise, mes liens pour l’accrocher sur mon sac et mon road book. Je les cramponne de peur de les perdre… Je passe l’arche de départ pour la première fois… mon sourire fait place à ces minutes d’inquiétude, j’ai mes sésame entre les mains et je vais fouler pour la première fois le campement.

Comme un coup du sort, quelqu’un passe à côté de moi et je crois reconnaître Nico D ! Nous nous sommes changé et la première et dernière fois que je l’ai vu c’était à l’aéroport de Lima dans son pyjama ! Ouf, c’est bien lui, je suis vraiment contente de le retrouver. En fait il me cherche, il est déjà arrivé depuis plusieurs heures. Il me montre la tente pour récupérer l’eau et je découvre le numéro de mon ilôt. Notre groupe du bus est séparé, l’aventure continue pour découvrir de nouvelles personnes. Comble du sort, mon ilôt est le voisin de celui de Nicolas, notre aventure conjointe semble se sceller petit à petit. Seul hic, nous sommes à l’opposé du camp, là bas, tout au fond !

crédit photo : Diego Constantini

Je foule donc le sable pour la première fois pour traverser les ilôts les uns après les autres. Ci et là diverses nationalités, chinoise, sud américaine, anglaise, belge et j’en passe. J’aperçois quelques têtes connues. Certains coureurs sont venus en groupe, certains représentent une entreprise, beaucoup sont venus comme moi, en solo et découvre leur nouveau voisin d’aventures. La vie tourne au ralenti, certains sont déjà là depuis plusieurs heures et en profitent pour faire une sieste à l’ombre de la grande tente ombragée de l’organisation.

Une évidence me saute aux yeux, plutôt aux pieds. J’ai mes guêtres dans mon sac et rien que de traverser le camp, mes chaussures se sont remplies de sable, rendant la marche profondément désagréable ! Je n’ai alors fait que quelques centaines de mètres ! L’évidence est claire, les guêtres sont un élément indispensable de la tenue !

J’arrive enfin à mon ilôt, il est composé de 6 tentes et nous ne sommes que des femmes seules. Nos profils sont totalement différents. Il y a Marie-Paule, une belge, kiné comme moi, au fort caractère et qui a semble vraiment bien préparé sa course, Odile du Sud Ouest qui semble avoir traîné ses guêtres dans pas mal de désert déjà, Virginie discrète mais dont les rudiments de la course semble bien rodé et Mylène, la doyenne je pense qui se lance pour la première fois dans une telle aventure, le nœud un peu au ventre.

J’ouvre ma tente, pose mes affaires et commence à prendre mes quartiers dans mon nouveau palace. Nicolas me laisse m’installer tranquillement, nous nous retrouvons dès que j’aurais terminer pour nous rendre au briefing.

La tente est une tente « 2secondes » grimée HMDS WAA jaune et noire. Deux petites fenêtres de part et d’autres permettent d’aérer. J’installe mon sac, l’ouvre pour la première fois sur le camp. Je dois installer mon tapis de sol et mon sac de couchage. Je prépare ce dont j’aurais besoin ce soir et demain matin.

Nos repas du jour sont offert par l’organisation. Le coté baroudeur et vie en autosuffisance commencera demain matin au départ de la course. Je laisse donc mes repas lyophilisés triés par jour d’un côté pour ne garder ce qui me servira de petit déjeuner demain matin. A force de faire et défaire mon sac, je saurais le refaire les yeux fermés.

A droite dans la tente, mon sac, ma pharmacie-trousse de toilette minimaliste et mes repas.

Au fond, mes vêtements qui me serviront d’oreillers une fois enfouis dans la housse de rangement de mon sac de couchage.

Sur la gauche, mon eau, mes bâtons, mes chaussures et mes guêtres. J’enfile mes tongs de spa pour évoluer sur le sable dans les moments hors course. Légers, ils prennent très peu de place mais côté confort, on y repassera. Évoluer dans le sable avec ces machins n’est pas très agréable, j’aimerai marcher pieds nus mais le soleil est au zénith, la chaleur est bien présente et le sable est devenu brûlant. Autant dire que c’est tongs ou chaussures…

le camp, les Dunes, le Pacifique… What else ?

Je retrouve Nicolas et partons pour une visite approfondie de notre lieu de villégiature.

Le campement s’étale sur plusieurs centaines de mètres et borde le Pacifique. La vue est splendide. D’un côté l’océan, de l’autre des dunes immenses….Quel paysage, quel apaisement…

Pas moins de 510 participants plus les bénévoles, ça en fait des tentes ! (eh oui les bénévoles vivent à le rude aussi!) . Sur les hauteurs, juste après la ligne de départ-arrivée, les tentes de l’organisation sont alignées dont l’infirmerie. Elle est suffisamment loin pour ne pas y aller pour le moindre bobo. De toute façon, toute prise en charge étant synonyme d’abandon, autant vous dire que je n’ai pas l’intention d’y mettre intentionnellement les pieds.

Au milieu du camp, une immense tente noire s’élève. Lieu de retrouvaille mais aussi lieu de fraîcheur. Au milieu de ce désert où nous supportons au moins 30°C, sous cette tente, nous ne ressentons que la fraîcheur de la brise du Pacifique et devons même nous couvrir pour ne pas avoir froid. Nous y prenons notre repas typiquement sportifs péruviens : pâtes, poulet, légumes, maracuja.

Assis tous ensemble, nous partageons ce moment. Aucun sentiment de comparaison comme on peut le voir dans certaines courses auxquelles j’ai participé, nous sommes là pour une aventure, le but arriver au bout, tous. Bien sûr certains ont des objectifs de classement, mais personne ne le fait ressentir, comme si chacun avait un profond respect pour celui qui a déjà osé s’inscrire et quitter sa routine, son quotidien, ses habitudes, sa sécurité pour fouler le désert, l’inconnu…

La suite de la journée se poursuit comme elle a commencé, je présente Mélanie à Nico D, attendons le briefing de course pour en savoir un peu plus.

Nous continuons notre visite du camp…Un élément essentiel manque me direz vous ?… tu te laves où ? Et pour te soulager, tu fais comment ? Pour se laver, autant vous dire que les conditions sont spartiates puisque l’on nous a fourni 5L d’eau ce matin pour tenir jusqu’au 1er CP de la course demain matin, soit 10 km après le départ. Il s’agit de ce que l’on me donnera chaque soir de l’aventure, et avec cette eau, je dois pallier à mes besoins de nourriture, d’hydratation et…. de ma toilette…J’ai donc prévu un petit savon et des lingettes à réhydrater pour faire ma toilette et sentir bon…

Pour les WC, je découvre des petites tentes juchées un peu plus haut sur la Dune. A l’intérieur, des cuves avec une lunette. Certains qui en sortent sont livides, pour vous laisser imaginer l’odeur sous cette tente en plein soleil. Elles seront vidées plusieurs fois par jour, mon acolyte essaie donc de repérer les heures de passage du camion pompe pour pouvoir y aller juste après, histoire de profiter d’une odeur plus florale…

16h : briefing. Nous rentrons dans le vif du sujet. En 3 langues, français, anglais, espagnol, nous écoutons tous attentifs. Nous ne perdons pas une miette. Tout y est, présentation de la course, présentation des équipes d’organisation, explications du roadbook, conseils du staff médical…Je n’en perds pas une miette.

17H : fin du briefing, le temps change, le soleil décline, le vent se lève. Il ferait presque froid. Vais-je regretter d’avoir laisser ma doudoune dans ma valise… ?

19H : dernier repas offert, nous mangeons tranquillement et filons dans nos tentes. L’aventure commence réellement maintenant…La nuit va t -elle être bonne ? Propice à une veille de course et qui plus est une course sur 4 jours en autonomie ….. Bonne nuit à tous, les étoiles brillent dans le ciel, je plonge dans mon sac et m’endors bercée par les vagues du Pacifique…

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