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Half Marathon des Sables Part V : 1ère étape la suite

« Tu m’as pété mon bâton !?! »

« Tu m’as pété mon bâton !?!» …Je suis en boucle, mon cerveau a buggé ! Les filles de mon îlot me rattrapent et s’inquiètent de mon allure. « Ça va Nadège ? »

Une seule phrase sort de ma bouche : « Il m’a pété mes bâtons … » J’ai droit à des « noooon ! » De surprises…. Nico, lui ne dit rien, continue de tripoter mon bâton en marmonnant des « mais non…il n’est pas pété, attend » ..Il croit en sa bonne étoile, je crois en ma capacité de rebondir.

Je repars d’un bon pas…d’un pas sûrement un peu énervé. Mélanie fait alors son apparition, toute pâle. « Oh Nadège, Nico ! Je suis contente de vous voir, j’ai failli ne pas prendre le départ. Je suis malade depuis cette nuit, je me vide de tous les côtés…Mais vous, qu’est ce que vous faites là ? Je vois plein de monde vous remonter depuis tout à l’heure !» Face à elle, mon bâton prend toute de suite une importance bien moindre, et d’un pouffement de rire, je répond : « Il m’a pété mon bâton », avec un sourire qui sous entend que l’agacement a laissé la place à l’anecdote.

Nico : « Mais nonnnn » toujours positif et Mélanie en oublie un bref instant ses torpeurs gastriques et explose de rire… : « Non Nico t’as pas fait ça ??? »..

Lui et moi en cœur : « ben si » .

Malade ? vous avez dit Malade ?

Elle nous explique alors qu’elle a passé toute la nuit prise de violents maux de ventre, que sa brève matinée à commencer en se vidant (cela expliquerait il la tête de certains ce matin en sortant des toilettes?) et qu’elle ne comprend pas ce qui lui arrive puisque nous avons tous mangé la même chose… Ses voisins de tente lui ont bien passé quelques trucs, mais rien n’y fait.

Mon bâton dans une main je réfléchis…. Je ne peux pas la laisser comme ça se vider. Pour le moment il fait bon mais nous allons très vite avoir la température qui va grimper dès que les nuages vont se dissiper. Le risque de déshydratation est trop important. J’ai bien quelques cachets anti diarrhéiques et anti vomitifs.

Un dilemme se pose… et s’il m’arrivait la même chose ? Tant pis… Je lui propose mes cachets et je croise les doigts que mon séjour se passe sans problème à ce niveau là. Ma réserve était pour une personne et pour un temps court.

Ils sont à portée de main dans mon sac, en haut. Je les ai positionnés exprès là au cas où, histoire que je n’ai pas à tout vider pour attraper ma pharmacie de baroudeuse.

Sauvées…

Nous nous posons un instant, nous ne sommes pas à ça près… J’attrape mes précieuses potions magiques et lui confie. Fais en bon usage. Elle se délecte si on peut le dire et nous repartons d’un bon pied, il ne faut plus traîner….

Comme toute bonne action en entraîne une autre, c’est à ce moment là que Nico s’exclame d’un « Ça y est !»…D’un air si satisfait que notre regard se tourne vers lui…Il a réparé mon bâton ! Il était assez silencieux et pour cause, il fallait qu’il garde ses forces pour remboîter la bête sans la casser…

La course va enfin pouvoir se dérouler sans accroc, enfin espèrons.

Unis dans la difficulté

Nous repartons tous 3 à bon rythme, enfin. Le cardio s’est calmé, les bâtons nous soulagent et nous profitons du panorama qui a bien changé.

Toujours des dunes de sable sur notre gauche mais sur la droite, le bord de mer s’est paré de rochers, comme un air de bord de mer de chez nous. A la seule différence, des phoques y viennent de temps à autre se poser. Nous n’en verrons pas aujourd’hui.

La vue est magnifique, nous longeons la côte, le temps est toujours brumeux sur les hauteurs mais commence à se dégager… Le monstre apparaît au loin….

Le sable est vraiment meuble, les pieds s’enfoncent. Nous pouvons courir d’un bon pas en descente mais le plat et les quelques montées sont plus pénibles.

Nous nous rapprochons du CP 1, il apparaît là bas, après quelques virages en front de mer. 10 Km ! Nous avons 45 minutes d’avance sur la barrière horaire.

Pour l’instant je gère bien ma réserve d’eau, j’avais rempli mes 4 gourdes, seules 2 m’ont servi. Je fais le plein. Nico aussi. Mélanie en profite pour faire une « pause toilette ». Comment dire, une micro tente avec un tabouret percé et un sac en plastique. Ils sont plusieurs à faire la queue. Nous l’attendons. Elle se vide une dernière fois, nous lui remplissons ses gourdes et repartons. Nombreux sont déjà arrêtés et pas très bien. Certains vont rester là un peu plus longtemps. Nous décidons de ne pas traîner, le monstre est là, majestueuse devant nous.

Le monstre, c’est en fait une superbe montée longue d’1km, qui fait exactement 375 m de haut. Je l’avais bien vu celle là hier en étudiant le road book. Et cela fait bien 3km qu’on la voit au loin, avec le défilé de fourmis qui essaient de la monter. Les premiers, des ultra entrainés, l’ont monté d’un pas très alerte et tout droit, en finissant à quatre pattes tellement la pente est raide. D’autres ont eu la délicatesse d’ouvrir un chemin en zig zag sur la dernière portion, la plus raide. D’en bas je vois le chemin. Je le repère, enregistre son endroit précis pour l’attraper au moment voulu.

Veni Vidi Vici

Je pose mon esprit et monte.Un seul but : le sommet. La première partie se fait assez bien. Nous nous sommes donnés des petits objectifs, des paliers en somme. Nous nous attendons à chacun d’entre eux. Tous les conseils précédents vont me servir en plus de ma brève expérience du dénivelé. Ainsi, j’ai bien fait d’enlever les rondelles de mes bâtons pour m’éviter un effort supplémentaire pour soulever ces derniers qui s’enfoncent jusqu’à trouver une couche de sable plus dure pour s’appuyer. Des petits pas, garder la vélocité. Le cœur bat la chamade , les paliers sont les bienvenus. La montée se fait plus vite que je ne le pensais, même si elle est vraiment dure et pénible. Le souffle est court, penser à boire. Les nuages se sont dissipés et comme je le craignais, la température a grimpé de manière exponentielle.

Nos pieds s’enfoncent, il faut garder un rythme pour ne pas redescendre trop bas à chaque pas sous peine de reculer. Je me rappelle à chacun d’entre eux comment les montées m’ont toujours été pénibles. A ce moment là, j’essaie de ne pas écouter mon esprit qui me répète sans cesse : « mais quelle idée as tu eu de tout abandonner pour venir souffrir par 30° pour te faire engloutir dans un gigantesque bac à sable ????». La pente devient de plus en plus raide, tout ceux qui m’entourent s’arrêtent les uns après les autres, nos pauses sont plus fréquentes. Il fait chaud, penser à boire, mais attention, le prochain CP est 9 km après cette montée, il faut garder de l’eau…

Je ne vois plus le chemin en zig zag, il est dans le dernier quart. Je ne devrais pas être loin. Petits pas après petits pas, il apparaît enfin. Certains s’évertuent à continuer tout droit, je prends la tangente. Je peux enfin me redresser, mon souffle devient libre. Je regarde celles qui continuent dans la difficulté et les motive à me rejoindre : « viens, c’est plus facile par ce chemin, rien ne sert de se griller complètement, nous avons encore 20 km à faire »… Et c’est ainsi qu’un petit train se forme… Nous arrivons au sommet. Nico est déjà là suivi de près par Mélanie.

Sur le sommet, nous attend l’équipe médicale. D’un petit sourire rassurant ils nous demandent comment nous allons. Je me retourne face qu Monstre, satisfaite mais bien entamée. « C’est le moral ou le physique ? » me questionne l’un d’eux . « les 2 je crois » dis je en esquissant un sourire. Non en fait, je suis heureuse. J’en ai vraiment bavé, les montées n’ont jamais été mon fort mais le panorama qui s’offre à moi est juste splendide.

Il ne faut toutefois pas traîner, nous n’avons fait qu’un tiers de la première étape…

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