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HALF MARATHON DES SABLES VI : 1ère étape suite et fin…

Immensité…

L’équipe médicale présente nous rassure en quelques mots : « N’ayez pas d’inquiétude, le premier jour est souvent le plus difficile, il faut s’acclimater. Demain sera plus aisé. ». Je me plais à le croire.

Le parcours se poursuit par un plateau immense. Le sable change de texture. De gros grains en bas au bord de l’océan, il se fait tout à coup si fin que le vent arrive à le moduler en de magnifiques créations à la moindre brise. Il n’en faut pas moins pour me remotiver après avoir vaincu le monstre.

Tout est baigné d’immensité, le moindre plateau, la moindre dune. Après quelques pas, l’océan nous paraît déjà bien loin. Heureusement, le balisage rapproché nous évite de nous perdre dans cette immensité, surtout lorsque nous devons bifurquer sur la gauche pour rattaquer une montée.

Mélanie a filé sur le plateau, j’ai préféré rester en rythme de croisière. Je ne perds pas de vue mon objectif : être finisheuse de ma plus longue course…

Le sac commence à se faire sentir sur mes épaules et sur mon dos. Je n’ai pas de douleurs de frottement et ça, c’est le point positif ! Par contre, ma région lombaire me rappelle que mon sac fait un peu moins de 7kg. J’ai profité de la pause en haut de la grande dune pour m’étirer un peu et soulager mon bassin et mes épaules.

Montée, vous avez dit montées !

Si la première montée faisait près de 400m de dénivelé sur moins d’1 km, la seconde sera plus douce mais plus longue : près de 6 km de montée progressive dont les 3 derniers afficheront 300 m de dénivelé, sans plateau, sans pause. J’avais bien étudié le road book hier soir mais j’avais bizarrement occulté cette difficulté, tellement abasourdie par la première. Elle me paraît interminable. Nicolas se met un peu devant moi, en ouvreur, avec toujours un œil sur notre avancée. Nous sommes dans les temps, pas d’inquiétude.

La montée se poursuit, le paysage change. Le sable se pare tour à tour de couleurs locales. Virant au vert foncé voire gris anthracite par endroit, au rouge sur d’autres, nous en prenons pleins les yeux ! Des formes plus originales les unes que les autres, à droite on croit distinguer un tremplin géant sur lequel Thelma et Louise aurait pu jouer la scène finale alors qu’à gauche la montagne s’élève tel un canyon abrupte. Notre chemin lui se continue pour finir sur une dernière grimpette avant d’apercevoir enfin en contrebas le deuxième check point. Il va arriver à point nommé, le vent a commencé à souffler, le souffle assèche la gorge et nos flasques se vident plus rapidement.

Pour le rejoindre, le sol se fait plus dur et nous pouvons nous permettre un petit trot à bonne allure. Cela fait du bien de retrouver des sensations connues, même le sac à dos se fait oublier l’espace de quelques instants.

L’accueil au check point est toujours aussi agréable, certains profitent de faire une pause pour une durée indéterminée, nous rechargeons nos flasques et repartons. Nous avons toujours 45 minutes d’avance sur la barrière horaire. Tout va bien. Je n’ai jamais trop aimé traîner aux ravitaillements.

La suite du parcours nous ramène doucement mais sûrement vers notre bivouac. Après un bref plateau de 3km, c’est presque 6 km de descente qui nous attendent, dont les 500 m dans du sable meuble. Nous nous sentons des ailes, j’aime les descentes, j’ai toujours aimé ça. Nous descendons à bon rythme et profitons de cette sensation de légèreté pour oublier un peu ce sac qui nous pèse. Je grignote ça et là mes petits ravitos maison fait de cacahuètes, légumes et fruits secs et saucissons, ce n’est pas pour autant que mon sac s’allège beaucoup ou que je me crois à l’apéro ! Il faudra attaquer vraiment les repas pour sentir une vraie différence sur mes épaules.

Les kilomètres défilent et enfin apparaît au loin l’océan.

Nous approchons de l’arche d’arrivée. Pour la première fois, nous la passons, pas peu fiers de cette première étape.

We did it !

Notre sourire doit rayonner à des kilomètres ! Première étape de faite ! Et plutôt bien gérée puisque nous avons 2H30 d’avance sur la barrière horaire finale !

Nous sommes alors en début d’après midi, et passons maintenant à la logistique.

Immédiatement nous passons récupérer nos bouteilles d’eau. Les jambes chancelantes, ce sont 2 bouteilles de 2,5 L que l’on nous distribue. Heureux d’avoir notre précieux sésame, nous allons déchanter au bout de quelques pas. 2×2,5 L veut dire 5kg dans les bras. Mes jambes et mon esprit s’étant mis en mode « repos-fin de course », ma tente à l’opposé du camp va me paraître un long chemin interminable et pénible. Le soleil est au zénith, il fait plus de 30 degrés et le vent monte.

Ces quelques dernières centaines de mètres parcourues, je peux enfin poser mon fardeau. 12 KG entre le sac et l’eau. Je suis accueillie par Virginie, Marie Paule et Odile de mon îlot, qui s’évertuent à lutter contre le vent pour allumer leur réchaud. Nico retourne à sa alvéole et on se donne rdv sous la grande tente pour manger un morceau et se détendre.

Tout à coup je me sens plus légère ! Quel bonheur de se libérer le corps de ce poids. Même si tout du long j’ai eu l’impression de ne faire qu’un avec mon sac, lorsque celui retrouve ses quartiers dans ma tente, mon corps et mon esprit s’en sentent tout aussi léger. Je me pose un instant, me change et profite de cet instant. J’ai les yeux qui pétillent, je suis arrivée au bout de ces 31 km et 957 m de dénivelé selon la montre de Nico. Je me sens bien, pas effondrée, bien au contraire. Je pense avoir bien géré l’effort pour pouvoir repartir demain matin d’un bon pied.

Demain, ce n’est pas compliqué, toute la descente que nous avons abordé avec tant de légèreté ce midi, devra être remontée à l’inverse à l’aurore.

Resto 5 étoiles : vue sur le Pacifique… What Else ?!?

Mais pour l’instant place aux agapes. J’avais prévu un encas post course pour me revigorer et je ne vais pas être déçue. Même si le vent nous donne du fil à retordre avec Nico pour allumer le réchaud, mes bouillon de soupe phô sont sublimes, mélangeant gingembre, citronnelle et coriandre, avec quelques pâtes chinoises et le reste de mes tranches de bœuf séchées que je n’ai pas fini lors de cette première épopée, je suis tout de suite propulsée sur un autre continent, j’ai l’impression de faire le tour du monde ! Salée à souhait pour me réhydrater comme il faut, cette soupe tombe à point nommé. Je me régale à chaque bouchée. Mon corps et mon esprit sont au diapason. Qu’est ce que je suis bien là, sur cette splendide plage, à vivre un moment si intense. Je n’aurai jamais cru vivre un instant comme celui-là. Ce petit bonheur est si simple et si bénéfique… Je savoure.

Un seul bémol, avec le vent, j’ai consummé plus de pastilles Esbit que prévu, j’espère en avoir assez pour le séjour. J’ai prévu large, mais là, ça a fondu à vue d’oeil. Pourvu que l’on ai pas de vent comme ça tout le temps !

Nico quant à lui à une version assez simpliste de la gastronomie. Il tente une paella lyophilisée, mais, car c’est Nico, il y a un Mais, a jeté une soupière d’eau dedans, à tout fait cuire en vrac. Bon, sa potée ressemble à une bouillasse malodorante, trop diluée bref, sans goût apparent. Un peu fade pour une paella. Mais on a un qu’un ventre et dans des conditions pareilles, on ne chipote pas, il avale tout en moins de temps qu’il n’en faudra à mon bouillon pour chauffer. Encore un bon moment de rigolade ! Je suis trop fin gourmet pour me hasarder à ça, j’ai noté sur chaque sachet la quantité exacte d’eau qu’il me faudra pour le réhydrater et bien m’en a pris, je me suis régalée à chaque fois. Bref, pour moi, ce soir, ce sera pâtes à la bolognèse, crème au chocolat, sans faute de dilution…

En attendant les résultats de la journée arrivent. Un seul nombre retiendra mon attention, il y a eu 83 abandons sur cette épreuve ! Sur 507 partants, il n’en restent plus que 424 ! Je ne suis pas peu fière d’en faire partie. Ma gestion de course est pour mon niveau la bonne.

L’après midi est de courte durée ici. Le soleil commence à se coucher, il est 18h30.

Allo docteur ?

Nous nous rendons peu à peu vers nos tentes pour une bonne nuit de sommeil réparatrice, car demain, l’épreuve débute à 5H30 ! Très vite chacun rentre dans ses quartiers et rapidement, sur le son des vagues se fera entendre sur le campement. Je finis de préparer mes affaires, chaque chose à sa place, chaque place à son élément.

L’état des lieux de mes pieds m’annonce une légère ampoule sur le bord intérieur de chacun de mes gros orteils. Première fois que j’ai des frottement à ce niveau, j’avais bien préparé mes pieds aux frottements habituels qui eux sont intacts. Nicolas D, infirmier de son état avant d’être gaffeur, me propose de me les soigner. Je regarde avec attention sa technique. Je serais peut être un jour amener à le faire. J’avais tout prévu dans ma trousse, je suis bien contente qu’il me montre la marche à suivre.

Nicolas A. arrive à son tour pour son strap, à mon tour de sortir mes tours de magie. Je suis contente, celui d’aujourd’hui a bien tenu et il n’a pas ressenti de gêne quelconque. Le voilà avec un nouveau strap tout neuf, pour aborder « La Longue » : 58 km à faire en moins de 18h30…

Bonne nuit à tous, je sombre quelques minutes plus tard dans les bras de Morphée, il n’est même pas encore 20H….