Marathon des Sables 2021

1ère soirée en course… et direction la tente des podologues.

C’est un peu le branle bas de combat ici. Tout le personnel est mobilisé pour les malades … et des malades, il y en a. De mémoire de Marathon des Sables, ils n’ont jamais connu ça.

De mon côté, comme il y a peu de blessés aux pieds, il y a peu d’attente et je suis reçue assez rapidement. Le podologue m’injecte l’éosine qui va permettre à mes ampoules de sécher et me rassure. Si ça sèche dans la nuit, demain je repars comme si de rien.

Je repars donc clopin-clopant de la tente des docs, les pieds protégés dans des sur-chaussures, les claquettes à la main, mais rassurée car demain sera un autre jour…en attendant, on a l’impression que j’ai 100 ans à ma façon de marcher sans pouvoir appuyer sur mes orteils, le chemin jusqu’à la tente me tire quelques grimaces qui vont vite être effacées.

Mon compagnon de tente Daniel a préparé un feu. Nous pouvons faire chauffer notre repas et passer un bon moment tous ensemble, entre rires et blagues. Tous sauf un, Christophe, qui depuis ce matin est pris de violentes douleurs au ventre et pour qui l’étape a été fort compliquée. Notre gai luron rit encore mais son quotidien sur cette course est pénible, ne quittant jamais son « nécessaire de sanisette» trop longtemps.

Car il faut le dire, les toilettes, sur le MDS, ce sont une aventure à elles toutes seules ! Dotés d’un petit sac marron, nous nous dirigeons vers une cahute de toile où nous attend notre trône, un petit siège percé. Après avoir positionné notre sac, nous l’alourdissons d’un petit caillou au cas où le vent saugrenu, aurait voulu nous faire une belle envolée pendant que nous y déposons notre trésor …. Le sac intelligemment refermé avec le dit trésor sera alors enfermé dans une poubelle en attendant son inhumation… Lorsque nous quitterons le bivouac, il n’y aura plus de traces de notre passage, même pas celui là…

Sur ces belles paroles, et après un festin composé de nourriture lyophilisée, nous nous endormons paisiblement mais bien épuisés de cette première journée.

Je suis ravie de mon sac de couchage, cet investissement m’a permis de dormir bien au chaud en ayant les pieds à l’extérieur et faisant ainsi sécher mes ampoules. Mes bouchons d’oreilles m’ont permis de ne pas entendre le ballet de coureurs malades qui ressortaient de leur corps par différents orifices leur repas de la veille.

J’ai juste réussi à entrouvrir les yeux un moment dans la nuit après le passage du 4×4 des docs pour observer les étoiles. Le ciel est magnifique dans le désert, des milliers d’étoiles scintillent, observent notre camp soumis aux tumultes et me bercent jusqu’au petit matin. La nuit a pour moi été meilleure que la veille, pas de tempête de sable à l’horizon. Je me réveille avec le jour reposée d’une nuit de près de 8h, mes pieds sont secs et sur les conseils du podologue, je les protège d’un strap pour mieux repartir sur cette deuxième étape.

Le rituel est le même comme chaque matin. Petit déjeuner pendant que les berbères nous enlèvent notre toit d’une nuit, nous nous préparons doucement pendant que le soleil se lève, tout se fait assez lentement en fait. Notre départ est à 8H30. Je suis rassurée, mes pieds sont très peu sensibles, je peux marcher normalement jusqu’à la ligne de départ. Aujourd’hui une sacrée étape nous attend. Nous allons traverser les Dunes de Merzouga. Une étape redoutée mais attendue, je vais la découvrir dans quelques heures.

Sur la ligne de départ, notre directeur de course, Patrick Bauer nous rappelle les règles essentielles pour tenir. Se réhydrater, prendre ses pastilles de sel… Hier, pas moins de 40 personnes ont abandonné. Nous sommes 635 sur la ligne départ…Il y a déjà eu plus d’abandons que sur l’ensemble d’une édition « printanière ». Je dois faire attention, c’est vital… Je check mon eau, tout va bien, je suis prête à partir…