Marathon des Sables 2021

MDS : 1ère étape…TOP DÉPART !

A ce moment précis, il m’est impossible de me projeter sur l’avenir de la course. Elle va être très longue, 250 km ce n’est pas rien d’autant que l’on ne connaît pas encore « la longue ». Je dois donc maîtriser mon élan.

Étant d’un naturel précautionneux, je me lance dans cette caravane de coureurs en petit footing. Il est toujours difficile de jauger son départ en début de course. Nous sommes tous mélangés, tous avec des allures qui nous sont propres et les écarts ne sont pas encore faits. Il ne faut pas s’emballer sous peine de le payer plus tard.

Petit footing, c’est très bien. Je me rassure auprès de Dolorès en lui demandant si ça va, pas trop vite ? Pas trop lent ? Visiblement, nous sommes au bon rythme, laissant les chevaux de course déjà loin devant.

Les dunettes ne se feront pas attendre et c’est en toute humilité que je lève le pied pour sortir les bâtons et me lancer en marche rapide. Le peloton s’est étalé et nous pouvons alors observer qui sera à peu près dans nos allures. Celui en tongs semble être pas mal, il blague, tant mieux, je le suis quelques mètres derrière. Très vite, il va me distancer, il avance vite le bougre et il blague toujours !

Les minutes avancent et mon cœur s’emballe un peu, malgré le peu de km que nous avons parcouru. Ce n’est pas que le terrain soit technique, nous nous sommes entraînées par bien pire. La chaleur, elle, commence à se faire sentir.

Nous sommes parties du camp à 9h, il faisait déjà près de 30°. Le sol est fort caillouteux jalonné de petites pierres dures et saillantes. Bien que le relief ne soit pas très escarpé, mon ressenti est soucieux. Le ciel est voilé mais nous sentons bien le soleil qui commence à chauffer derrière les nuages. L’avancée est pénible et devient exigeante à la première petite ascension. Pour une étape d’adaptation, nous sommes servies.

Les plateaux sont immenses, des cailloux à perte de vue, la chaleur est pesante et la première montée va nous remettre les pendules à l’heure. Même si je savais que j’allais énormément marcher sur le Marathon de Sables, cette première difficulté va puiser dans mes ressources. Je fais une pause au milieu pour reprendre mon souffle. J’ai la tête qui tourne, il faut être prudente. Je profite du panorama quelques instants et reprends mon ascension dès que mon souffle s’est stabilisé. La prudence est mon maître mot. Le cardiologue m’a décrit les symptômes du coup de chaleur… Méfiance, il est sournois… J’y fais attention.

C’est à ce moment là que Dolorès se retrouve assise à l’arrière du 4×4 des doc trotters pour une halte forcée. Une petite chute en haut de la côte. Je regarde autour de moi, nombre de coureurs sont assis ça et là sur des pierres, décidément, cette petite montée nous a tous remis les pendules à l’heure. Il nous faudra pas trop d’être 3 pour convaincre Dolorès de rester là quelques instants.

Fort heureusement, nous ne sommes plus qu’à 2 km du premier check point (CP). Nous l’apercevons d’en haut. Les idées remises, nous repartons d’un bon pas après avoir grignoté un peu.

Je me sens bien alors même si quelque chose me chiffonne… Dans la descente j’ai senti comme un échauffement sous les pieds. Là ça va mieux, je n’y prête pas cas….Grosse erreur…

Arrivées au CP, les bénévoles sont tout en sourire et en encouragements. Cette course se révèle pleine de bienveillance et l’organisation est très présente. Pas un moment sans apercevoir un 4×4 ou l’hélicoptère qui tourne. L’organisation au CP est simple, d’un côté les tentes pour faire une halte, de l’autre côté celle des doc trotters qui prennent soin des bobos. Certains sont déjà allongés, j’aperçois quelques poches de glucose pendues.

La pause est courte mais je décide d’en profiter pour grignoter mon bœuf séché qui me déclenche immédiatement un haut le cœur ! Impossible de le manger, je bois un peu et visiblement, cette chaleur a un effet très important sur moi, je n’arrive pas à mâcher. Heureusement, j’ai varié mon ravitaillement de course et j’ai des compotes., mais je n’en ai prévu qu’une par étape. On oublie le bœuf séché, on oublie le nougat, la barre attendra un peu. Je ne peux rien mâcher pour le moment, comme si cela représentait un effort trop important.

Même si ce n’est qu’un haut le cœur, il m’a puisé une énergie folle et je suis obligée de repartir doucement. L’impression d’être vidée. Je marche, à mon rythme, doucement mais sûrement. Dolorès quant à elle se sent bien mieux et prend le large. Je ne la reverrais que ce soir, l’apercevant de loin au CP2. Entre le CP1 et le CP2, pas de difficulté à proprement parlé, le paysage est assez monotone, le plateau désertique est immense et nous n’en faisons qu’une infime partie. Le cp2 est là, je jette une œil mais je ne vois pas Dolorès sous les tentes. En portant mon regard un peu plus loin, je la reconnais avec son bob, elle file vers l’arrivée.

Du coup, je prends un peu de temps et essaie d’avaler quelque chose. Les barres, toujours pas…Je ne sais pas quelle chaleur il fait mais il est très difficile d’évoluer par ces températures. Être sous la tente quelques instants est un véritable havre de fraîcheur… Par contre, quelque chose m’inquiète vraiment.

Ayant fait le half marathon des sables, je sais que la première étape est synonyme de surprise pour certains qui jettent l’éponge à ce moment là, mais aujourd’hui, sur mon parcours, je croise beaucoup de gens malades. Et cela se vérifie sur ce CP où la tente des doc est submergée de coureurs en mal être. Si moi, je n’ai eu qu’un bref haut le cœur, nombreux sont ceux que j’ai vu vomir sur les abords du chemin et d’autres qui visiblement sont vraiment en mauvais état. Beaucoup, beaucoup trop…. Je ne comprends pas et cela me perturbe beaucoup. J’ai lu et relu nombres d’articles sur le Marathon des Sables et jamais je n’ai lu cette scène d’apocalypse…

Je repars du CP2 seule avec mes pensées. Le chemin qui m’attend ne va pas me simplifier la chose. Un plateau immense, une ligne droite à perte de vue, une chaleur écrasante, des coureurs malades par dizaine… Mais qu’est ce que je fais là ! Je savais que je me poserais la question, mais dès la première épreuve, ma motivation est mise en berne ! Ça et là certains s’arrêtent en plein soleil et s’assoient dans ce désert ardant, appuyés sur leur sac !… « don’t do that, it is the worth thing you can do here…move now » je ne peux m’empêcher de leur dire, ils sont britanniques. Visiblement, je ne suis pas encore assez épuisée, je trouve encore mes mots en anglais 😉

C’est sur cette portion que je rencontrerais mon compagnon de route, Marc, alors que je suis dans une position fort saugrenue. Nous échangeons quelques mots et partons pour faire un bout de route ensemble. A ce moment là, je ne suis pas la meilleure des partenaires, je suis plutôt en mode « je râle ». Le pauvre, il est mal tombé. Je suis d’un naturel assez sympathique d’habitude en course, tentant parfois une note humoristique pour dérider mes convives…. Mais là, trop chaud, trop de malades sur mon chemin, trop mal aux pieds, trop…Eh oui en cette fin d’étape, mes pieds me font sentir que j’ai 8 kg sur le dos, que la chaleur est écrasante et que je suis en train de réaliser la première étape du MDS soit plus de 32 km. Heureusement, il est dans le même état que moi et après avoir râler quelques minutes, le déclic propre à ce type de course se déclenche et en l’espace de quelques kilomètres, nous en savons sur nos vies respectives bien plus que l’on ne peut l’imaginer. Les rencontres j’adore ça, partager encore plus et ce type de course est juste une mine d’or d’émotions.

Une dernière voiture des doc trotters nous supervise, et la question fatidique que je ne supporte pas d’entendre en certaines circonstances, qui me fait littéralement craquer, tombe : « ça va ? » . Mon bouclier se fêle et dans un sanglot un « non » surgit. Heureusement le doc, tout en bienveillance me rassure et me dit que c’est normal, c’est la première, il faut s’acclimater. A ce moment, je me demande si je serais capable de tenir jusqu’au bout, je suis pleine d’inquiétude. Encore une fois il me rassure, il a déjà fait le marathon des sables plusieurs fois : « tu verras, tu te poses au bivouac et 2heures après, ça va déjà beaucoup mieux, tu récupères, tu dors et demain, ce sera oublié, tu repartiras comme si de rien. ». Même si j’ai du mal à y croire là sur l’instant, nous repartons avec Marc en direction de la ligne d’arrivée. C’est interminable…

Cette longue ligne droite se poursuit et nous finissons même pas rire de nos blagues (il est belge, autant dire que c’est facile pour lui) et regarder d’un œil bien plus ouvert le paysage qui nous entoure. Au loin la ligne d’arrivée se dessine, sur les côtés de drôles de collines noires nous entourent, telles des gardiens du chemin tout tracé…Le soleil commence à faiblir, il fait meilleur, nos esprits reconnectent avec la réalité…

Ça y est, la ligne est là, elle nous attend et c’est dans un sourire joyeux que nous la passons. Oh lala, mais que cela a été dur et… oh un thé à la menthe, mais ça fait trop du bien…. Quelques mètres plus loin nous récupérons nos bouteilles pour ce soir et demain matin, une photo souvenir et… une crise de larmes…mes nerfs flanchent,je relâche la pression… La vache je l’ai faite, mais à quel prix…

Comme ça on ne croirait pas que je viens de faire 33 km…

Nos partons chacun en direction de nos tentes respectives. Daniel est là à la tente. Je jette tout mon bardas parterre et m’écroule parterre. Je sors mes chaussures, mes chaussettes et damned, ce que je craignais est arrivé ! Deux belles ampoules à la racine des orteils brillent de mille feux. Les autres de la tente arrivent, ils étaient à la tente média pour envoyer des messages à leur famille. A la vue de mes pieds, le constat est unanime, direction la tente des podo, il faut soigner ça tout de suite….