Aventures...

par Nadège CY...et elles

Marathon des Sables, la 3ème étape….

L’ascenseur émotionnel

Ce matin, les préparatifs se font lents, les pensées sont ailleurs. Un des nôtres est parti la veille. Sur la ligne de départ, le décompte des abandons a doublé, 40 le premier jour, 80 le deuxième, quelques uns cette nuit. Le directeur de course a du mal à trouver les mots réconfortants, il est comme nous touché par cette hécatombe. Au fur et à mesure de son discours , certains ne prendront pas le départ, s’écroulant derrière moi d’une nuit chaotique bercée par les conséquences de cette pandémie qui touche petit à petit tout le camp.
Marc m’a rejoint sur la ligne de départ. Cette fois ci nous partons ensemble dès le début. Tant mieux, je n’avais pas envie d’être seule à ce moment là. Nous essuyons nos larmes lors de l’hommage à Pierre et embarquons dans une nouvelle étape de notre aventure. Oh que c’est dur d’écrire ces lignes… et cette journée ne va pas être des plus simples…

Nous partons tous comme une seul Homme, en marchant, du premier au dernier, sous les applaudissements de la caravane des bénévoles qui nous font une haie d’honneur…
Nous sommes silencieux et avançons. Les premiers démarrent en course au bout de quelques centaines de mètres, pour ma part, je ne m’y vois pas courir. Le sol jonché de cailloux affûtés me gêne terriblement sous les pieds et une mauvaise sensation commence à se faire sentir au talon. Je boite. Marc s’en aperçoit et en tout justesse me propose de regarder ce qui cloche. Je m’écarte de quelques mètres regarde ma chaussure et zut. Un amalgame de sable s’est transformé en petit caillou dans ma chaussette, l’a troué et vient de me dessiner une belle ampoule au talon. J’attrape ma pharmacie de secours, strappe la zone et nous repartons, la douleur est supportable.


Nous repartons d’un bon pas malgré la chaleur déjà étouffante ce matin. Pas un brin de vent. Nous traversons par des paysages bien différents cette fois ci. Tout d’abord arides et caillouteux, des dunettes de sable et des herbes à chameaux nous permettent de faire quelques pauses ombragées, s’en suivent ensuite quelques reliefs avec des dunes de sable à passer. A chaque changement de reliefs, à chaque arrêt, mon adaptation est difficile, mes ampoules me faisant délicieusement souffrir pendant quelques centaines de mètres avant de se faire oublier.


Notre avancée est toutefois bonne lorsque que tout à coup, Marc s’arrête net, me regarde. L’angoisse pénètre ses yeux. Un problème intestinal s’annonce à son tour et je sais dans son regard, que nous vivons sûrement les derniers instants de notre épopée. Je lui propose de nous mettre sur le côté, qu’il fasse une pause, se remette, prenne ce qu’il faut à son tour dans sa pharmacie. Après quelques instants, nous repartons et attaquons des dunettes de sable. Je m’engage en premier pour lui donner un rythme, éviter qu’il pense. « Reste dans mes pas, ça va aller ».

Je me promets de l’amener le plus loin possible. Ceux qui me connaissent savent à quel point le sentiment d’équipe est fort pour moi, est essentiel et là, il prend tout son sens. Sans lui, je ne sais même pas si j’aurais survécu à la première épreuve. Je ne le lâcherai pas, objectif, aller de CP en CP et faire le point à chaque fois.


La traversée des Dunes va nous demander beaucoup d’énergie et surtout l’angoisse de revivre la veille. Mais pas à pas, nous atteignons le 1er CP, fin des grosses dunes pour aujourd’hui. Nous rencontrons alors Margareth, que Marc a rencontrée sur le camp, une écossaise parfaitement bilingue. Entre nous 3 s’engage un dialogue mêlé d’anglais et de français, un de mes meilleurs moments j’avoue.


Nous repartons tous les 3 direction le CP2. Le paysages est alors jalonné de dunettes et oh miracle de quelques petits arbres qui nous accordent un peu d’ombre. Sous chaque arbre, des coureurs, et comme un relais, nous nous succédons sur le moindre petit bout de fraîcheur qui s’offre à nous.

Nous retrouvons Eva, un comparse de tente de Marc qui semble subir énormément cette étape. Les corps ont subit et cette troisième étape nous le fait sentir. Les pauses sont bien plus fréquentes et j’avoue, reprendre la route à chaque fois m’est fort pénible. Mes pieds sont atrocement douloureux à chaque redémarrage. Des voitures des globe trotters jalonnent le parcours et ramassent des concurrents régulièrement, couchés à l’ombre de la voiture avant de monter dans celle ci pour accepter la décision finale, l’abandon.

Marc et moi continuons notre trajet, retrouvant à chaque pause Margareth, Eva et les autres. Nous en rattrapons certains, d’autres nous rattrapent, nous laissons la place « fraîche » aux suivants que nous retrouverons quelques centaines de mètres plus loin. La chaleur est étouffante, pas un brin d’air. Nous buvons tour à tour nos bouteilles d’eau devenues brûlantes. Je sens Marc ralentir de plus en plus. Lors d’une dernière halte, il commence à parler d’arrêter, il n’en peut plus. Je lui propose que l’on reparte à 4 avec les filles à un rythme un peu plus lent. Nous nous exécutons et nous engageons sur la dernière portion avant le 2ème CP : un long plateau puis un lit d’oued. En gros, une plaine de cailloux à perte de vue.


Je débranche le cerveau et me mets un tête de notre file indienne. Ne pas réfléchir, avancer… mais derrière, les idées ne sont plus les mêmes et notre file s’étend. Le vent se lève et ça me fait du bien alors que je me retrouve à devoir m’emmitoufler sous mon buff. Un peu de fraîcheur…

Mais sous ce vent qui siffle dans mes oreilles, une voix m’interpelle. « Nadège j’abandonne, tu vas trop vite pour moi, je n’en peux plus. J’arrête au prochaine CP » Ça y est, notre équipe se fracture et comme une dernière recommandation, je lui demande de ne pas finir seul. « Restez tous les 3 ensemble, ne soyez jamais seul, promets le moi ! » Il acquiesce.

Un dernier au revoir et un grand Merci, je continue sur mon rythme et je sens la caravane d’amis du jour s’étendre…. Face à moi, des pierres, des reliefs au loin…ne pas perdre le chemin, maintenant je suis seule…

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