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Grand Raid des Pyrénées : Episode 4 … En route vers la ligne d’arrivée !

Le ravitaillement du Merlan arrive enfin avec son lot de surprises..Bien sûr coca, mes yeux pétillent et cerise sur le gâteau : salade de fruits ! Comment dire que ces fruits légèrement frais et sucrés glissent tout doucement sur ma langue et le long de ma gorge. Je savoure chaque instant, mon cerveau revient à la réalité.
Après les essentiels, pause pipi 😉 et vérification des ampoules, je suis rassurée, mes échauffements précédents n’ont pas laissé de traces. Un peu de Nok, je fais le plein d’eau et ça repart. 🙂

Un petit mot aux copains, je suis bien au Merlan, après la lecture de mes messages d’encouragements tout va bien ! Direction la ligne d’arrivée ! Enfin patience, je n’en suis qu’à 30 km, la course en fait 43…..

Il aurait été trop facile de croire que les derniers km allaient passer crème. Même si l’euphorie d’être arrivée près d’un heure avant ma barrière m’a mis en joie, une dernière montée m’attend, le long du chemin des marmottes… Je zieutte bien un peu de droite et de gauche mais aucune n’ose pointer le bout de son nez lors de mon passage.

Enfin le col du Portet mais cette fois ci dans le bon sens, celui du RETOUR ! Je découvre un chemin que je ne connais pas, ni en course, ni en reconnaissance. J’ai ai bien entendu parler. On m’a prévenue que j’en avais au moins pour 2h30 encore ! J’ai les jambes un peu lourdes et le faux plat, même descendant me pique les cuisses. J’alterne course et marche. La course est dure pour mon dos qui commence à crier douleur mais la marche me paraît interminable et même plus douloureuse. Les portions où je marche se font plus rare, j’ai besoin d’en finir… J’ai tout à coup une illumination.. A force de lire ça et là les compte rendus des autres coureurs et coureuses, je m’étais dit que me garder une petite surprise dans les moments durs était une idée très judicieuse…Oh mais zut, où sont ils ? Je tâtonne un peu dans mon dos, je ne sens rien. Eh zut, de zut, je les ai oublié ??? non, je suis sûre qu’ils sont là, quelque part…. Il est vrai qu’avec ce nouveau sac j’ai des poches devant, et profondes en plus ! Ça y est, je sens rouler des petites boules sous mes doigts…je les ai trouvé…. Quoi ? Me direz vous ? Je vous laisse deviner par une phrase que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître : « Fond dans la bouche, pas dans la main ! » …et ça marche, déjà la première satisfaction est là, j’ai trouvé ma surprise, mon cerveau s’embellit de petites étoiles, fleurs, marmottes, bref, ça pétille là haut… Mais quand je croque dans la noisette et que le chocolat fond sur ma langue, bizarrement, mes douleurs s’atténuent…. et … Je me remets à courir ! Que cela fait du bien, petit à petit le rythme s’intensifie et me voilà au petit trot, tranquille, à passer à travers les prairies, laissant les vaches prendre un bain de fraîcheur dans les petites mares d’eau. Sans surprise, je ne les aurai pas rejoint, même s’il fait vraiment chaud !
Un petit effort, quelques rencontres sympathiques, de jolies discussion et les kilomètres défilent. Le faux plat descendant touche à sa fin. Il laisse place au détour d’un virage a une belle pente…le sol est poudreux et déjà 2 belles gamelles devant moi… Un Homme Une Femme, la parité est respectée ! J’aime beaucoup les descente mais j’avoue qu’avec une trentaine de km dans les pattes, je descends prudemment cette fois ci…. je n’ai pas du tout envie de me ramasser dans les genêts !

Le chemin se poursuit en descente sèche mais plus caillouteuse…les racines et les pierres se dessinent comme des monstroplantes, je suis sur le qui-vive en permanence…. Un peu trop, mes cuisses chauffent, mes genoux me rappellent à l’ordre….et Zut, ça faisait longtemps, et le genou droit se coince, je peste, une larme essaie de s’échapper des mes yeux… Non, je ne bloquerais pas ici ! J’y suis presque et ça va passer. Je re-décide de marcher un peu, avec l’aide de mes cannes…non pardon, mes bâtons ! Et de mes friandises…. J’arrive toutefois à en rattraper certains plus mal amochés que moi, et une nana me rattrape. Elle a mal aussi, l’occasion de discuter un peu. Habituée des sentiers, elle accompagne la jeune fille à la gamelle qui peste un peu derrière… Même mes M&M’s n’arrivent pas à la dérider…Trop jeune pour les apprécier peut être;-)

Une grosse portion de bitume se dégage tout à coup au détour du village de Soulan… Un vrai sauna. Nous repartons au petit trot, nous y sommes presque ! Nous quittons la route pour plonger dans la dernière descente vers Vieille Aure … Et elle est carrément carton celle là ! Pierres, racines et ruisseaux rendent le terrain compliqué. Nous faisons de notre possible pour ne pas chuter. Un couple de touristes se demandent bien ce que l’on fait là. Je profite de m’accorder une petite pause pour soulager mon genou et répondre à leurs quelques questions. Quelques secondes seulement, il ne faut pas exagérer !
En route pour la fin, le village de Vieille Aure arrive enfin ! Un panneau gigantesque nous informe « 2km et vous êtes arrivés ! » Youhou…comment dire, ça sent bon….J’en suis à 41 km…qui l’aurait cru ! Au loin j’aperçois Patrick à côté d’une fontaine. Il est redescendu pour accueillir les coureurs à leur arrivée…. Je le rejoins toute contente de voir une tête connue. Il m’aide à rafraîchir mes articulations endolories… c’est bon, je peux repartir en courant, les douleurs s’estompent…
Nous longeons la route puis le gave. Le public s’intensifie, il nous encourage. J’ai l’impression de voler. Il ne me reste plus qu’1 km et mes douleurs s’oublient avec les applaudissements et les Bravos des uns et des autres…Le larmes me montent (comme en écrivant ces lignes d’ailleurs), l’émotion est intense ! Je réalise enfin le chemin parcouru et surtout l’arrivée si proche. Un brin de nostalgie ? Presque…Une fierté ? OUI, BIEN SÛR !!!!!! Je suis si heureuse ! Les amis sont là au bout, mon sourire doit recouvrir tout mon visage ! Je monte le pont de Vieille Aure et là, au bout, l’Arrivée ! Et quelle arrivée, ils sont en plein briefing du Tour des Lacs, la course de demain de 80 km ! Les quelques centaines de coureurs me laissent le tapis rouge et j’entends ci et là les Bravos de ces athlètes qui vont s’élancer sur bien pire que moi ! Je suis si heureuse !!! Enfin la ligne !!!!!! Ma gorge se serre, j’embrasserais tout le monde tellement je suis heureuse…. Je marche discrètement vers mon dernier ravitaillement, mes amies me rejoignent, j’ai les yeux embués. Cette fois j’ai réussi !!!!!! 43 km, 2500 m de dénivelé, le Col du Portet, le Col du Bastanet, la Hourquette de Caderolles, tout me revient en tête….comme un film en accéléré en arrière…. Mon esprit décolle…

Des semaines plus tard, j’ai toujours un coin de ma tête là bas…. Je reprends juste l’entraînement, la vie a repris son cours, mais de temps en temps je souris les yeux dans le vague… Cherchez pas, ça va durer encore un peu 😉

Merci d’avoir pris le temps de lire ces milliers de mots, ces centaines de lignes, comme une manière d’y retourner, comme ça, l’air de rien et cette fois ci, de vous avoir amener avec moi ….

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